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5 juin 2018

La Filigonde est morte

Classé dans : Entre nous — joy369 @ 12 h 00 min

La Filigonde est morte et je ne sais pas quoi dire.
La Filigonde. Cette femme dont j’avais fait le portrait un jour dans ce blog, lui octroyant le surnom d’un personnage de Tove Jansson du monde des Moumines.
La Filigonde, cette grande femme sévère qui vit seule, dont l’intérieur, qu’elle ne cesse de laver et d’astiquer, est rutilant, mais qui refuse les visites, tremble du « qu’en dira-t-on » et se fait un monde de ce monde qu’elle ne connaît pas, qu’elle refuse de connaître.

La Filigonde est morte et je suis triste car je l’aimais.

La Filigonde est morte et sa famille me demande gentiment, à moi qui sais si bien jouer avec les mots et les coucher sur du papier, si je ne pourrais pas rédiger son oraison funèbre.

Mais que dire ?
Je ne fais pas partie de sa famille, je la connais depuis bien moins longtemps que ses propres enfants, ses propres petits-enfants…

Sauf qu’eux n’ont rien à me dire.
« Dis qu’elle faisait bien le ménage ! » me lâchent-ils d’un ton amer. Et je devine derrière cette amertume toute la douleur des enfants auxquels la mère préférait le ménage et refusait leurs caresses.
Mais quelle mère préfère son ménage à ses enfants ?
Je sais qu’elle les aimait, ça c’est certain. Mais je me doute qu’une douleur, qu’une douleur immense a empêché cette mère de montrer ses sentiments et l’a poussée à se réfugier dans ce qu’elle connaissait : le ménage.
Et nettoyer, nettoyer jour après jour, frénétiquement, pour ne pas s’ouvrir au monde et ne pas risquer de souffrir.
Encore une fois allais-je ajouter.
Mais qu’en sais-je ?

Rien. Je devine juste. Je soupçonne la douleur incommensurable d’une jeune mère à qui on enlève son enfant. D’une jeune femme tombée en esclavage dans sa belle-famille à qui on refuse le droit de consoler son petit qui hurle. Qui ne se protégerait pas d’une telle douleur ?
Et je l’imagine, jeune femme, le coeur brisé d’entendre son enfant pleurer, qui se réfugie dans le seul loisir qu’on lui accorde : le ménage.
Et des années plus tard, toujours cet air étonné quand ce même enfant lui reproche sa dureté, son manque de tendresse, quand ce même enfant lui reproche de ne pas l’aimer.
La Filigonde ne comprend pas, la Filigonde s’est enfermée dans une tour pour ne plus souffrir, pour ne plus souffrir d’aimer.
Mais elle aime. A sa manière, maladroitement, mais elle aime.
Et elle ne comprend pas qu’on puisse lui reprocher une certaine froideur car ses enfants, Dieu sait qu’elle les aime. Elle les aime tant qu’elle a limité sa vie pour ne plus souffrir d’aimer tant.
Elle s’est barricadée dans sa Tour d’argent qu’elle astique chaque jour. Loin du monde. Loin des sentiments.

Et maintenant la Filigonde est morte et ses enfants ne savent pas comment la définir. « Elle faisait bien le ménage » me disent-ils.
« Et elle était gentille », rajoute son amie que je suis.
Très gentille.
Car la Filigonde n’a jamais fait de mal intentionnellement.
Elle se protégeait, c’est tout.
Amicalement,

Joy

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1 juin 2018

Et puis Vincent

Classé dans : Entre nous — joy369 @ 12 h 05 min

Journée de repos.

Sauf que journée speed quand même.

Fidèle à ma façon de jouer au tétris avec le temps, j’ai encore trop blindé mon emploi du temps et à l’heure où d’autres boivent un café, moi je n’ai pas encore eu le temps de déjeuner.

Alors hop, je me prépare quelque chose : c’est sur le feu et ce sera prêt dans quelques minutes ; mon timing est tenu, je me sens satisfaite.

Sauf que…ça sonne à la porte.

Qui me dérange à cette heure-ci ? Je râle déjà intérieurement. Je suis speed, je cours tout le temps, là je m’apprêtais enfin à me reposer quelques instants et on me dérange !… Je pars ouvrir la porte, mécontente de l’interruption, stressée à l’idée que mon steak brûle dans la poêle, bien décidée à envoyer bouler rapidement l’intrus(e).

C’est un homme. Un homme que je ne connais pas. Et il commence un discours comme quoi il sort de prison, ou bien est dans un foyer de jeunes délinquants ou je ne sais quoi, qu’il est en réhabilitation et propose des œuvres d’art à la vente pour se payer de quoi se loger et reprendre ses études.

Dans la cuisine je sens mon steak grésiller…

Mentalement je songe déjà à répondre un truc genre « Merci mais non, bonne journée » et refermer la porte avant de mettre le feu chez moi quand l’homme me tend une feuille avec ce que je suppose être les grandes lignes de son CV, je ne lis pas tout, pas le temps. Il continue son discours, expliquant que c’est via le biais d’une organisation qu’il propose ces dessins.

Je m’apprête à ouvrir la bouche, à lui dire d’aller se faire voir ailleurs (mais poliment, je ne suis pas un monstre) quand un détail attire mon attention : l’homme a noté le même lieu de naissance que le mien. Et disons que là où je vis, c’est assez rare comme coïncidence.

Bizarrement, cela change tout. Je lui ouvre la porte et le fais rentrer, consciente des dangers que cela suppose. Je suis seule et il vient de me dire qu’il est un ancien délinquant. Mais mon steak brûle et je le fais entrer.

Je lui demande de m’accompagner dans la cuisine. Une odeur délicieuse du plat familial préparé pour le soir nous assaille. Je sauve mon steak. Froid, ce sera inmangeable. J’indique donc que « désolée, mais si cela ne vous dérange pas je vais manger pendant que vous m’expliquez votre histoire ». Et comme je suis bien élevée, je lui en propose la moitié. L’homme voit bien qu’il s’agit d’une part pour un alors il refuse poliment. Je le considère : « Vous avez mangé ? »

Clairement, je sais que la réponse est non. Il semble dormir dans la rue régulièrement et semble saliver avec l’odeur de ma cuisine. Il n’ose pas répondre, j’insiste, il répond que si j’insiste il prendrait volontiers une banane dans la corbeille de fruits. J’accepte, il prend la banane et la fourre dans son sac mais je vois bien qu’il a faim. Alors j’insiste. Ce ne sera pas dit que quelqu’un sort de chez moi avec la faim. Je jette un œil au plat familial qui sort du four. Il y en aura bien assez pour mon conjoint et moi ce soir. Alors je lui en propose, il refuse poliment mais cela se voit qu’il en rêve. J’insiste, je le sers, pousse l’assiette devant lui. Il est heureux. Il mange alors en réfléchissant au nombre d’années passées sans avoir goûté de ce plat…

Au final, nous discuterons, il est passionnant, très intéressant, sain dans sa tête. Bien plus que d’autres personnes qui ont un toit, un métier, une vie construite. Et bien que je sois dans une période d’économies dratiques, je lui achèterai un de ses dessins.

Il s’appelle Vincent. Il est reparti, je lui ai souhaité bonne chance.

Et j’ai laissé son dessin traîner, bien en vue. Pour me rappeler que même si parfois ma vie me paraît pénible, il y en d’autres qui galèrent bien plus que moi. Et que même si je cours tout le temps, il fait bon, de temps en temps, de prendre le temps de s’arrêter pour les écouter et les aider.

Pour cette leçon, je te remercie Vincent.

Amicalement,

Joy

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5 janvier 2018

Un dernier câlin

Classé dans : Entre nous — joy369 @ 12 h 16 min

« Allez ! A l’année prochaine ! » que je lui ai dit fin décembre, à quelques jours de la Saint Sylvestre.

« Ouh là, si je suis encore là ! » m’a-t-elle répondu, cette vieille dame si jeune d’aspect.

« Taratata ! » lui ai-je rétorqué. « Y a pas de raison, t’es en pleine forme ! »

Et de fait, c’était vrai.

Sauf qu’elle avait raison.

Elle est morte, 2 jours après.

Comme ça. Paf !

Sans prévenir.

Et moi je ne réalise toujours pas que je ne la verrai plus pour cette nouvelle année.

Et moi je ne réalise toujours pas qu’aujourd’hui elle est enterrée.

Bizarre. La vie est bizarre.

La mort plutôt d’ailleurs.

Oui : la mort est bizarre.

Pourquoi m’avoir volé cette grand-mère de cœur ?

Mais je ne dois pas être trop sévère : car elle l’attendait, cette grande faucheuse qui lui avait déjà fauché son mari…

Dix ans déjà. Dix ans à s’étonner jour après jour de lui survivre.

Mais voilà. Elle l’a rejoint.

Et je suis sûre qu’elle l’a enfin rejoint.

Et qu’ils sont bien, tous les deux.

Ensemble.

Quand à moi, je suis également heureuse.

Car moi qui ne suis pas contact physique, allez savoir pourquoi, je lui avais fait un dernier câlin. Comme ça. Juste avant.

Un vrai gros câlin.

Un câlin instinctif qui voulait dire « Je t’aime ! »

Et elle est morte.

Mais avant elle a eu un dernier câlin…

Amicalement,

Joy

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