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25 avril 2019

Le banc « I feel lonely »

Classé dans : Cas pratique — joy369 @ 12 h 41 min

Qui m’a raconté cela ?

Je ne sais plus. Un enfant sûrement mais lequel ?

Fidèle à ma mémoire défaillante, je ne me souviens plus. Mais je me souviens de l’idée que j’avais jugée brillante.

Je vous raconte : un enfant (disons que c’était un enfant) m’explique qu’un jour à la récréation, tous ses copains habituels étaient absents ou concentrés sur d’autres jeux qui ne l’intéressaient pas et qu’il se sentait seul.

Je l’imagine très bien dans une bande dessiné, un petit enfant face au lecteur avec une bulle disant « Je me sens seul ! », ce qui se traduirait en anglais par « I feel lonely ! » :-)

Bref, voici notre petit bout tout seul et un peu triste, qui se sent délaissé et qui a la sensation de « rater » la meilleure période de la journée d’école : la sacro-sainte « récré »…

Et là cet enfant me dit : « Alors je me suis assis sur le banc des enfants seuls »…

Ou peut-être ce banc avait-il un nom spécial, je ne sais plus. Moi je l’ai surnommé « le banc « I feel lonely »… ». D’où le titre de ce blog.

Je ne connaissais pas ce type de banc alors j’ai demandé des explications. Et l’enfant m’a expliqué que c’était en endroit spécial où si tu t’y asseyais, les autres comprenaient que tu te sentais seul et que tu voulais que quelqu’un joue avec toi.

J’étais surprise. Aussi j’ai demandé, un peu incrédule : « Et ça a fonctionné ? « 

Oui : des enfants qui jouaient non loin lui ont proposé de jouer avec eux. Ils ne se connaissaient pas mais ce n’est pas grave. Ils ont fait connaissance !… Et cet enfant qui me racontait son histoire était très content. Il s’était bien amusé, s’était fait de nouveaux amis, et n’avait pas « raté » le temps de la récré…

Puis, son histoire terminée, il est reparti jouer à ses jeux d’enfants en me laissant moi plongée dans mes pensées. J’avais trouvé cette histoire de banc formidable. Et dans nos sociétés où le « lien » entre les gens se distend faute de temps, faute d’occasions ou de je ne sais quoi, je me disais : en voilà une idée super ! Pourquoi ne pas l’appliquer dans nos espaces publics ?

Au début je pensais à des bancs spéciaux sur lequel serait inscrit « Si je suis assis ici, c’est que je me sens seul et que j’ai envie qu’on me parle » ou, pour aller plus vite et être mieux compris par les étrangers « I feel lonely ». Mais ensuite je me suis dit que personnellement, je vois souvent trop de monde dans mes journées et que moi si je suis fatiguée et que je m’assois sur un banc public, j’aurais au contraire envie qu’on me fiche la paix. Donc cela m’agacerait qu’on m’accoste parce que, pas de chance, c’était le seul banc disponible et c’était un banc « I feel lonely ». Alors ensuite j’ai imaginé un système avec une languette. Comme pour les toilettes « libre ou occupé ». Un système qui permettrait de dire « J’ai envie de parler » ou au contraire « Laissez-moi tranquille je vous prie ».

Qui sait, cela pourrait même permettre à des couples de se former ?

J’imagine bien la femme agacée d’être trop sollicitée par ces messieurs, qui aurait mis le panneau « Fichez-moi la paix » (en plus poli) et, à l’arrivée d’un beau jeune homme qui lui plaît, le regarderait dans les yeux tout en changeant le système pour « Allez-y, parlez-moi »… S’il ne comprend pas, c’est qu’il ne veut pas comprendre ! (rires)

Bref, j’ai adoré cette histoire et j’espère qu’elle donnera des idées à ceux et à celles qui nous emménagent de si jolis espaces publics. Pour que plus jamais les personnes seules ne se sentent seules… :-)

Car n’oubliez pas : le lien avec les Autres, c’est ce qui fait le sel de notre bonheur ! :-)

Amicalement,

Joy

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15 octobre 2018

La voisine au vélo

Classé dans : Entre nous — joy369 @ 12 h 01 min

Le hasard a mis entre mes mains via une boîte à lire un petit livre qui dénonce l’état lamentable des hôpitaux français. Non pas sur l’incompétence de leur personnel, mais bien au contraire sur leur dévouement, leur extrême compétence malgré un manque de besoin matériel et budgétaire terrible. Le livre évoque aussi les patients, et la misère de certains (ces petits vieux incapables de descendre leurs 6 étages sans ascenseur et donc de faire leurs courses, qui ne se nourrissent que de conserves et attrapent le scorbut, la maladie des marins d’antan qui ne mangeaient jamais de légumes frais) et l’abus des autres.

Le livre est super, la lecture édifiante. Mentalement je fais déjà la liste de tous ceux et celles autour de moi à qui je dois prêter ce livre, mais au fond de moi, c’est surtout à la voisine au vélo que je pense…

Et là, il faut remonter à la dernière « fête des voisins »…

La fête finissait, il ne restait plus que quelques irréductibles qui avaient du mal à se quitter, dont moi. Et une de mes voisines me parle soudain de notre voisine. « Tu sais, la petite jeune très polie, toujours avec son vélo ». Sur le coup, au début je ne vois pas. Elle ne se rappelle plus de son prénom, moi je ne visualise même pas son visage puis soudain le déclic se fait. Le prénom m’échappe encore aujourd’hui mais le visage apparaît dans ma mémoire : une jeune fille, 25 ans au maximum, très « vieille France », polie à l’extrême presque obséquieuse, toujours à conduire son vélo entre la route et le local vélo, qui me donnait des « Bonjour Madame » quand elle me croisait et des « Merci Madame » quand je lui tenais la porte pour qu’elle puisse passer avec son vélo.

Cette nuit-là, mon autre voisine, à la fête des voisins, m’annonce alors : « Tu sais qu’elle s’est suicidée ? Elle faisait des études de médecine, elle s’est suicidée à l’hôpital en janvier »…

Le sourire se fige sur mes lèvres. Je suis sous le choc.

La voisine au vélo s’est suicidée. Elle avait 24 ans. Toute la vie devant elle. Mais elle a décidé d’en finir. Elle a décidé d’arrêter cette vie qui devait lui être trop douloureuse.

Et j’essaie vainement de me souvenir de son prénom, de nos rares échanges. Je sais que nous nous sommes présentées brièvement, à force de nous croiser. Mais c’est vrai qu’elle était du genre transparente. Pas le genre de personnes dont on se rappelle. Et notre différence d’âge, de vie. Je la revois un jour, nous nous étions croisées, j’ai eu l’impression qu’elle voulait continuer notre échange, ajouter quelque chose, mais j’ai mis fin poliment à notre échange rapide : « Bonne journée, à bientôt ! » car je l’imaginais pressée de retrouver sa vie, ses amis de son âge, le tourbillon qu’est la vie à cet âge-là… Je pensais qu’elle discutait avec moi par politesse mais que cela l’ennuyait, que j’étais bien plus âgée qu’elle, bien loin des affaires qui intéressent les jeunes femmes de cet âge…

Maintenant, avec le recul, avec cette effroyable information (« ma voisine au vélo s’est suicidée »), je me dis que peut-être avait-elle au contraire besoin de discuter avec moi, avec quelqu’un qui soit gentil, qui soit normal, loin de l’enfer qu’elle devait vivre à l’hôpital toute la journée. Peut-être était-elle très seule, moi qui l’imaginais vivre une vie peuplée d’amis et de rires, comme c’est normal à cet âge-là.

La fête des voisins s’est terminée cette nuit-là sur ce choc. J’ai été bouleversée d’apprendre (des mois après) la raison de l’absence de la voisine au vélo. Je pensais qu’elle avait déménagé sans que je le sache, comme cela arrive dans les grandes villes où il y a trop de monde, trop d’activités, trop de tout pour qu’on soit au courant de tout ce qu’il se passe. Mais non, elle était décédée. Et décédée par choix. Suicidée.

Le fait que ce suicide ait eu lieu à l’hôpital donne une idée de ce qui lui a vraiment pesé : les conditions de travail des hôpitaux en France aujourd’hui, cette misère, cette violence ordinaires.

Mais reste qu’elle avait 24 ans et que je me sens triste pour elle.

Alors parfois je dirige mes « prières d’athée » pour elle, pour qu’elle soit heureuse, pour que sa famille survive à son départ.

Je prie pour elle, ma voisine au vélo…

Amicalement,

Joy

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10 octobre 2018

Une jolie jupe bleue

Classé dans : Cas pratique — joy369 @ 12 h 20 min

Ce jour-là, je rentre dans un ascenseur. Plusieurs personnes y entrent également, salutations de politesse dans un petit endroit. Rien de plus, l’ascenseur dessert plusieurs entreprises et nous ne nous connaissons pas. Des personnes sortent, restent un monsieur et une dame. Avant de s’en aller, le monsieur se tourne vers moi et me dit, avec une extrême politesse :

« Si vous me le permettez, vous avez une très jolie jupe bleue ».

Je remercie, les portes s’ouvrent, il s’en va.

Je ne le reverrai plus jamais et je serai d’ailleurs bien incapable de le reconnaître. Ce n’était clairement pas une méthode de drague, juste un compliment gratuit, comme cela, parce que ce jour-là j’arborais une très jolie jupe bleu pétrole.

C’est tout. L’anecdote finit là. Je suis restée pensive dans cet ascenseur, pensive et ravie. Et je me suis dit : « Cela fait donc cela, quand je complimente les gens que je ne connais pas : cette sensation de plaisir que je ressens, c’est ce que j’offre aux personnes que je croise et auxquelles je fais souvent un compliment (sincère, toujours sincère !) ».

D’habitude, c’est moi qui complimente, jamais l’inverse. Et je n’attends rien en retour, juste le bonheur d’avoir été agréable avec la personne en face de moi et, peut-être, de lui avoir donné un petit truc positif à raconter le soir à la maison : « Hey, tu sais quoi ? Ce matin quand je travaillais à la caisse, une cliente m’a dit qu’elle trouvait très jolies ces boucles d’oreilles, tu sais, celles que tu m’as offert pour nos 5 ans de mariage ! »…

Mais jusqu’à présent, je n’ai que rarement été complimentée moi-même, ou alors par des personnes que je connais, pas de parfaits inconnus.

Et vous savez quoi ? Cela fait un bien fou !… :-)

C’est idiot, je m’en moque de cette jupe, je ne saurais même plus laquelle c’est (j’en ai plusieurs de cette couleur), mais des semaines après que l’anecdote a eu lieu, je m’en rappelle encore. Et je pense qu’à chaque fois que je choisirai une de ces jupes dans ma penderie je penserai à ce monsieur. Je me dirai que quelqu’un d’autre que moi un jour l’a trouvée suffisamment belle pour m’en féliciter.

Alors, oui, je sais, c’est bête, c’est gratuit et cela ne coûte que quelques secondes de notre temps, mais je milite encore et encore pour que l’on n’hésite pas à s’envoyer des compliments les uns aux autres, même si on ne connaît pas, surtout si on ne se connaît pas. Après tout, on ne sait rien de la vie de cette personne, peut-être que ce compliment peut vraiment avoir un impact positif sur cette personne.

Alors complimentons ! Complimentons encore et encore ! Mais toujours sincèrement. Si vous me croisez avec ma jupe bleue et que vous la jugez atroce, surtout, ne me mentez pas : taisez-vous mais ne me dîtes pas qu’elle est belle.

Ce monde a besoin de gentillesse, mais également de sincérité. :-)

Amicalement,

Joy

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